Pas dans les herbes

Publié le par collectif




          Il y va de l'entretien d'un blog comme d'un régime, aux premiers instants de la résolution prise, on s'ordonne d'appliquer à la lettre,  on se maîtrise et quoi qu'il en coûte, on ne prend pas de sucre, oubli le chocolat  et l'on écrit sur la page blanche de l'écran son vécu, son émotion ou ses pensées.

 

          Puis l'effort devient euphorique, on si complait, on se dit qu'il n'est pas si difficile de s'y tenir à ce petit exercice d'écriture. On se voit déjà en faire non pas son quatre heure mais une habitude. Ah ! Le beau mot d'habitude, du point de vue culinaire et diététique, il s'agit du bon dosage ni le trop peu ni le pas assez celui qui rend la chose inodore, incolore qui relève du plis, du bon pas celui du bas de ventre, il s'agit de prendre des bonnes habitudes, le bon plis...

 

        Et le temps passe emplit de tentations, commencent alors les premiers faux pas," - Non, il ne faut pas !!! " - Mais c'est pas tous les jours fêtes! »  On s'autorise l'écart, le saut de lignes qui devient rapidement un oubli de paragraphe, l'on passe de la page à quelques lignes comme inversement proportionnel l'on passerait du fruit en dessert aux mille feuilles, rien qui ne prévaut d'une ascèse religieuse. Bref, l'acte d'écriture "s'écrit Famine !!!" 

 

           Rien, le vide de la page, une banquise blanche qui fige une absence, celle des mots qui givrent du silence d’un vécu qui se vit, se meut, s’interroge...Un silence qui ne murmure pas « glisser rien à lire ». Non pas, rien à voir ! Seul, un silence qui se pose quand l’heure s’est vécue, et quand l’après comme un baume se pose aux visages et mains qui durant un temps se sont croisés sous la gaine.

 

             Dans le blanc de la neige page, il est tout aussi difficile de retrouver ses pas quand le vent se lève que de suivre dans les herbes, les pas du marcheur quand le souffle ondule et couche le brin. Les mots se taisent ce n’est pour autant pas l’absence de la phrase, elle ne passe seulement pas de l’être au papier. Elle se vit tout simplement mais ne ressent l’impérieuse nécessité de se confier à l’encre.

 

          Beaucoup se vit ... peu s’écrit ayant été parfois fauché  par qui le  doute ou le trop épicé.  L’épice appartient dans le trop plein à celui qui rate et qui cache la fadeur ou le brûlé, ce dans nos horizons de cuisines habitués plus au sel et au poivre.

 

          Non, ce qui sauve, sale c’est le doute celui qui évite le plis, le faux plis. Le doute est ce qui libère, celui qui fait qu’existe l’expérience car à tenter en espérant un résultat escompté l’on se « culinarise », on cherche recette. Celui qui expérimente est celui qui donne vie, sens.

 

            L’atelier qui se vit chaque mardi est de cela pour peu que l’on sache se coucher à l’herbe folle pour oser regarder, écouter...ce n’est pas parce qu’il murmure qu’il n’a rien à dire.

 

          Au fils de ces mots, je ne retrouve pas la voix mais la page et je lui susurre à l’oreille, oui, dans  un silence d’écran  le vécu s’est  tue mais que n’ont pas à nous dire Gwendoline, Andréa, Sylvain, Mathieu, Simon, Margaux, Aurélie, Emmanuelle, Nazhia, Quentin et Nabil, Antoine  expérimentateurs par devers nous de marionnettes.

          Comme même sous le boisseau, la flamme éclaire, dans un long silence, les phrases et les histoires s’écrivent.

 

  yann stenven, professeur d'arts plastiques

 

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